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Le Salon International du Livre et des Arts de Libreville : le réveil des éditions gabonaises

 

          Le 30 mars 2011, se tenait à Libreville, les journées du Salon International du Livre et des Arts de Libreville. De nombreux éditeurs locaux furent de la partie. Je ne vous cache pas ma surprise lorsque je les vis. Il y avait des éditeurs comme je n’en avais jamais vu. Mon imagination m’avait laissé croire que le Gabon ne comptait que quatre ou cinq éditeurs. Cela doit sans doute vous amuser ou vous choquer ! Dans ce cas, quelqu’un pouvait-il me dire où se terraient ces éditeurs en dehors des salons ? J’appris d’ailleurs plus tard, que le Gabon en comptait une quarantaine.

          Le gouvernement joua sa partition. On pouvait lire dans l’atmosphère, la présence du Ministère de l’Education, de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique, de L’innovation et de la Culture. Une seule question à l’ordre du jour, l’avenir de la culture dans le microcosme gabonais et son rapport au macrocosme mondiale. Oublions les discours politiques ! La politique et la science, vous savez… C’est le salon qui nous intéresse. Je vous dirai comment je l’ai vécu, mais d’une façon romancée, dans les aventures de Cornelius. Car ne l’oublions pas, nous sommes d’abord des passionnés de la littérature, des romanciers pour les uns, des poètes pour les autres, etc.

          C’est l’histoire d’un drôle d’étudiant, qui se rend hasardeusement au Salon International du Livre et des Arts de Libreville. Son prénom : Cornelius. Son nom : je ne le connais pas. Il raconte lui-même son aventure. Laissons-le parler.

 

Cornelius et Le Salon International du Livre et des Arts de Libreville.

         Ce matin-là, je m’étais levé sans un programme précis (comme la plupart des gabonais). L’envie d’aller à l’université me prit. En fait, je venais de me rendre compte que j’étais toujours étudiant (comme la plupart des étudiants). Je ne m’étais pas lavé la veille avant de me coucher. J’occupai donc la douche en prenant tout mon temps, et même celui des autres. Je ne vous dirais pas que les oiseaux chantaient, et que l’herbe agitait avec l’aide du vent, la rosée qui perlait au-dessus d’elle. Ce n’était pas le but de mon récit. De plus, un vrai machiste ne pouvait être poétique. Et j’en étais un. Un dur, un vrai, un tatoué, comme dans la chanson de Fernandel. Je croyais comme tous les gabonais, que la poésie était une chose pour les minettes et les tapettes. Personne ne pouvait me l’enlever de la tête. Le tabula rasa, ça ne marchait pas avec moi.

          J’enfilais ma tenue à la hâte. C’était presque toujours la même. Il m’arrivait de me demander, comment je faisais pour la porter plus de trois semaines durant. Comme tous les étudiants inconscients, je ne savais pas quel cours j’avais. Pour tous vous dire, j’ignorais même le programme des cours. Je le cherchai un bon moment. Où avais-je bien pu le ranger ? Il n’était pas là. Je résolus de m’en aller sans lui. Je pris quelques feuilles et sortis.

          Pour les taxis, deux solutions s’offraient à moi : proposer une somme alléchante aux taximen, ou attendre naïvement que ces chauffeurs voulussent bien me prendre au tarif normal. Un taxi s’arrêta miraculeusement, et accepta de m’amener à l’Université Omar Bongo sans me vider les poches. J’étais plutôt fauché (comme tous les étudiants). Comme tous les taximen, le chauffeur commentait l’actualité d’une certaine radio internationale. Je fus surpris lorsqu’il aborda magistralement la question du néocolonialisme, avec une souplesse d’esprit hors du commun. L’homme assis à côté de moi faisait semblant de comprendre de quoi il retournait (comme tous les…). Feignant d’être idiot, je faisais celui qui ne comprenait rien. J’avais l’habitude de ce jeu. On m’avait appris, qu’il fallait toujours faire le sot devant celui qui croyait tous savoir. Car d’un imbécile on pouvait apprendre de grandes choses. Je décidai donc de me taire, pendant que l’autre dodelinait toujours de la tête avec un air savant, comme pour dire – je vois de quoi tu parles, et je dirais même plus, je vois de quoi tu…

          En passant devant la Cité de la Démocratie, il m’apparut qu’une activité s’y tenait. Je demandai au taximan de me dire ce qui s’y passait, lui, qui en savait long sur les activités de la ville. Je ne fus plus surpris lorsqu’il me dit qu’il s’agissait du Salon International du Livre et des Arts de Libreville. Je me rappelais alors avoir vu quelques jours avant, des affiches agrippées aux murs de l’université. Comme tous les étudiants, je ne m’étais  pas donné la peine de les lire. Et voilà qu’un taximan était plus informé que moi sur le sujet. Je lui fis signe de s’arrêter. Il me dit au revoir de la main. Je fis de même.

          Au Rond-point de la Démocratie, j’aperçus le bus mis à la disposition de ce qui désiraient ce rendre dans ce pays. Car  cette cité était un pays dans un pays. C’était le pays le mieux gardé du pays. Le bus que je vis s’en alla avant que je ne fusse près de l’abribus. L’idée de marcher dans cette cité me déplaisait. Il fallait que j’attendisse le prochain passage. Malheureusement pour moi, la mauvaise fortune m’envoya une camionnette qui se rendait au même endroit. Une grosse cylindrée eut été souhaitable. Comme tous les étudiants, j’aimais les grosses cylindrées. Et je ne manquais jamais de fustiger ceux qui en avaient, en criant haut et fort qu’ils avaient détourné de l’argent pour les acheter, comme si j’étais capable de faire mieux. Evidemment, je n’avais pas la prétention de faire mieux, puisque je trichais en classe. C’était, je le savais, mes premiers pas dans le monde des pourris. Mais il me fallait toujours critiquer le pouvoir en place. C’était ma mission.

          Je dus monter à l’arrière, non sans une certaine gêne. Ça sonnait assez mal que je pusse m’embarquer comme une bête qu’on menait à la foire. Arrivant à notre destination, je voulus suggérer au chauffeur de changer sa voiture. Je me tus. Il avait au moins une voiture. Et moi ? Qu’avais-je donc ? Même pas une bicyclette. Ma bourse, ma pauvre bourse. J’arrivais à peine à résoudre mes problèmes académiques avec ces 66.000 FCFA. Le gouvernement en avait conscience. Et on attendait toujours un geste de sa part. Ce n’était pas facile pour lui à cause des besoins de l’Etat, mais ça l’était encore moins pour nous. Il fallait trouver le juste milieu.

          Je remerciai mon bienfaiteur et me dirigea dans la salle d’exposition. Inutile de vous dépeindre le luxe qui violentait, et même violait mes yeux. Nous étions véritablement dans un autre pays. Plusieurs stands étaient disposés à accueillir les visiteurs, comme celui des Editions Clé. L’ambassade de Russie au Gabon était de la partie. La Presse Universitaire du Gabon (PUG) avait étalé ses publications. Je remerciai la Providence de m’avoir amené jusque-là. Je n’étais pas le seul à n’avoir pas lu les affiches parmi les visiteurs. Un autre étudiant était dans mon cas. Je me réjouissais donc de n’être pas le seul « sous-informé » de l’événement. Plus tard, je me mis en quête de ceux qui étaient dans la même situation que moi. J’étais finalement très content de n’être pas le seul. Cela signifiait que je n’étais pas un vrai « sous-informé », dans la mesure où je n’étais pas le seul. Ce raisonnement me plaisait. Lire les affiches n’était pas si facile qu’on le croit. On avait trop de livres au programme. Or, lire une affiche, c’était comme lire six livres. On préférait le bouche-à-oreille. Ça nous faisait gagner du temps. De plus, c’est l’autre qui parlait et qui perdait son souffle, pendant que nous économisions le nôtre pour commenter les séries télévisées et le football.

          Les livres m’émerveillaient. Toutes ces maisons d’édition qui semblaient sortir de nulle part ! On pouvait sentir l’odeur des livres à des kilomètres à la ronde. Ça vous laissait un goût sur la langue. J’aimais le parfum des livres neufs. C’était peut-être l’odeur du papier utilisé pour sa fabrication. Je les aurais volontiers mâchés. Je volais de stand en stand, inhalant inlassablement ce parfum. J’ouvrais ici et là de faux débats, pour que ma bouche et mes narines fussent de concert, afin de bien profiter du parfum qui ne cessait de m’emplir les poumons et le ventre. On me fit signe d’aller suivre la conférence. Je détestais les conférences. Elles étaient faites partout, avec les mêmes résolutions. A la fin, la montagne accouchait d’une souris. Et quelqu’un s’arrangeait pour tuer la cette dernière. Bilan ! Les conférences n’avaient servi à rien.

          Je n’avais pas le choix. Il fallait que je fusse présent pour vivre toutes les séquences du Salon. En me dirigeant vers la salle de conférence, je croisais Sylvie Ntsame. Je voulus lui dire quelques mots, mais j’étais trop timide pour le faire. Je la regardais à peine. Cette femme m’impressionnait. Je ne pouvais la décrire intérieurement. Une chose était cependant certaine : elle adorait l’Art. Je décidais alors de passer inaperçu, de me fondre dans le décor (comme peu de…). Présidente du comité d’organisation du SILAL, présidente de l’Union des Ecrivains du Gabon (UDEG), éditrice, romancière, elle avait de quoi intimider le jeune homme que j’étais. Chose étrange, je n’avais lu aucun de ses romans (comme tous les gabonais). Elle était là, devant moi, parlant à quelqu’un d’autre. Sa voix me fit transpirer. La solution ! Je l’avais trouvé. Je m’exécutais en filant à l’anglaise dans la salle de conférence.

          Je vis dans cette salle des têtes bien familières. Le grand spécialiste de la littérature gabonaise, Didier Taba. Le passionné des Lettres, Clément Moupoumbou. Je reconnus plus loin, celui qui écrivit Les registres de la modernité dans la littérature gabonaise, Fortunat Obiang Essono. La présence de ces trois visages signifiait que l’événement  était très sérieux et qu’on n’allait pas s’ennuyer. Je pris rapidement place. Le comité avait mis le paquet.

          Les hôtesses étaient belles. Je passai tour à tour, du conférencier aux hôtesses. Comme tous les gabonais, je ne savais plus trop pour quelle raison j’étais là. Le conférencier parlait. Je constatai que les filles étaient divinement mignonnes. Il plaidait en faveur de la culture. Je ne pus m’empêcher de regarder leurs jambes (comme tous les étudiants). Il suggérait une plus grande implication de l’Etat à travers ses ambassades. Mon regard posé sur les différentes poitrines, je comprenais sa peine. Il aimait la culture. Je les aimais. Il en parlait avec un tel amour ! L’amour, je n’avais que ça dans l’esprit. Il démontrait que le Gabon pouvait se faire énormément d’argent sur le dos de la culture. Et moi, qui étais si fauché, je les aurais naturellement invitées au restaurant ou dans une pâtisserie (comme tous les gabonais). Il paraissait si affligé par le sort de l’Art au Gabon. Quant à moi, je souffrais de n’avoir pas d’argent pour les inviter, car c’était à la mode, et il fallait suivre la pensée collective pour être accepté par la foule, cette même foule qui avait tué le Christ.

          La conférence venait de prendre fin. Le bilan n’était pas très fameux. Le Gabon avait encore beaucoup d’effort à fournir, pour rattraper son retard et commencer à penser sérieusement l’après-pétrole. Le pays ne manquait pas de ressources. Il pouvait lui aussi devenir un pays des Arts. On évoqua le problème des bibliothèques et des droits d’auteur. Il fallait que le gouvernement dynamisât le secteur des éditions pour faire baisser le prix des livres. J’étais ravi de voir une telle détermination. D’entendre des questions du type : « qui est vraiment écrivain gabonais ? »

          Je trouvais l’issue du Salon remarquable. Mais une chose commençait à s’agiter en moi. Je sentais qu’il manquait quelque chose. Oui, il devait bien manquer quelque chose ! On ne nous avait pas distribué des canettes de bière. Comme tous les gabonais, je trouvais révoltant de partir sans avoir bu une seule goute de bière. Je trouvais que c’était un sérieux manque de sérieux. C’était scandaleux ! Nous faire manger des croissants, boire du café et du jus d’orange sans une goute de bière ! Où étaient les bières ! L’homme n’était pas censé vivre que de Science et d’Art ! Je retournais chez moi, dégoûté par toute cette sobriété (comme tous les gabonais).

 

 

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          Ce récit ne dit évidemment pas tout ce qui s’est passé au Salon International du Livre et des Arts de Libreville. Si nous laissons Cornelius le faire, Il nous faudrait alors lire un texte d’un volume similaire à Texaco de Patrick Chamoiseau, ou Ivanhoé de Walter Scott. Ajoutons simplement que des peintres faisaient de brillantes démonstrations. Et les toiles se constituaient comme dans un puzzle. Par ailleurs, de magnifiques sculptures caressaient l’imagination. On en avait pour tous les goûts.

           Je tiens à féliciter le comité d’organisation pour le travail qu’il a abattu. Le Gabon est culturellement très riche. C’est la raison pour laquelle on a le devoir d’encourager les personnes et les activités qui mettent en avant cette culture. Mes félicitations vont aussi à l’endroit du Ministère de l’Education, de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique, de L’innovation et de la Culture, pour sa remarquable implication dans le bon déroulement de ce projet. L’émergence passe par une autre approche de la culture.      

 

Copyright © 2011. Arnaud N’zassy. Tous droits réservés !

Le Salon International du Livre et des Arts de Libreville : le réveil des éditions gabonaises

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