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Les Editions Ntsame : rentrée littéraire 2012

 

Il y a quelque temps encore, régnait un vaste désert autour de la littérature au Gabon. Depuis peu, des actions sont menées en faveur de la littérature gabonaise. Ces actions visent à vulgariser cette littérature sur le plan locale et international. Avec l’organisation du premier Salon International du Livre de Libreville, un vent nouveau semble avoir gonflé le voile des éditions gabonaises, antérieurement engouffrées dans un silence tombal.

 

Le réveil des éditions gabonaises permettra de booster l’industrie du livre au Gabon, car elle est quasiment inexistante.Pourtant, dans d’autres pays, cette industrie brasse des milliards.Dans un article[1] d’Alain Salles, un tableau nous présente le classement des éditeurs français « en milliards d’euros ». Le Groupe Lagardère Hachette détient 1,9 contre 0,235 pour Gallimard, 0,216 pour Flammarion et 0,206 pour Albin Michel. L’article ne manque pas de souligner que plusieurs éditeurs font un chiffre d’affaire « supérieur à 100 millions d’euros ». Si ces chiffres semblent étonnants à nos yeux, ils nous rappellent cependant la nécessité qu’il y a d’organiser d’une manière cohérente cette industrie naissante.

 

Pour l’heure, trois éditeurs animent activement le secteur : Les Editions Raponda Walker, les Editions Odem et Les Editions Ntsame. Les Editions Raponda Walker occupent incontestablement une place de choix dans ce milieu. Toutefois, sa présence sur le terrain, en termes d’activité littéraire grand public demeure actuellement infime.En revanche, les éditions Odem et Les Editions Ntsame occupent de plus en plus le terrain avec l’organisation de manifestations littéraires ouvertes au public initié et non initié à la littérature.

 

La rentrée littéraire des éditions Ntsame organisée à la Chambre de Commerce de Libreville le jeudi 4 octobre s’inscrit dans cet élan qui vise à booster le secteur du livre au Gabon. Dix-sept textes étaient au programme de cette rencontre. Des textes que l’on peut regrouper en six genres : recueil de nouvelles (La Réincarnation de Jean Noël Ngadi et Secret mortel de Joe-Vannelh Boungoto) ; essai (La langue fang aux éclats de Paul Mba Abessolo, Trente ans de réflexion sur le développement rural du Gabon d’Etienne Ossinga, La révolte de Mocab de Joël Moundounga, Le commentaire composé et la dissertation littéraire de Max-Médard Eyi, Gibinda de Théodore Kwayi –Massanongui) ; poésie (Instant de vie de Jane) ; Théâtre (L’enfant de Frica de Ouaga-Ballé Danaï et Bruits d’Afrique de Hasse Nziengui) ; roman (Bonheur fuyant de Sylvain Didier Pambou, La Procuration de Rodolphe Obiang Meye, Mes enfants d’autrui de Frédéric Leckyou, Beauté sombre ou Lolie l’ingénue de Antier Ondo, Les portes de la résilience de Stéphane Eya Fils) et les contes (Contes d’Adzaba de Nathalie Adzaba et Fables de Moïse Oriand Nkoghe Mve).

 

madame Sylvie Ntsame et monsieur Paul Mba Abessolo

 

Comme on peut le constater, les essais et les romans occupent une place considérable dans cette publication : soit environ 58,82 % de la liste. La poésie, avec ses 5,88 % devient le parent pauvre de la littérature. La place de la poésie devient de moins en moins grande dans la littérature de nos jours. Peu de recueils sont publiés. Dans la littérature française, le phénomène est irréversible depuis l’arrivée du roman-feuilleton et la suprématie  du roman au XIXe siècle. Le Gabon et même l’Afrique entière ne sont pas en reste dans cette dégringolade de la poésie. Elle a certes été une arme redoutable pour les Pères de la Négritude, mais a par ailleurs sombré au profit du roman et de l’essai.

 

Madame Sylvie Ntsame et ses auteurs

 

En outre, la présence de jeunes auteurs indique une réelle volonté de publier les écrivains gabonais sous un mode moins discriminatoire. Les jeunes ont ainsi la possibilité de s’exprimer, de se jeter à l’eau, au lieu d’attendre un âge ou un privilège quelconque. On a également pu noter la présence du responsable des éditions Odem, monsieur Pierre Ndembi. A cette présence s’ajoute celle du critique Clément Moupoumbou. Le désir d’apporter une certaine cohérence dans le secteur est bien là, cependant, beaucoup reste encore à faire.

 

Un seul mot à retenir dans cette aventure : la « présence ».  Il est au centre de ce défit. La « présence » c’est l’écrivain, l’éditeur, le lecteur, le critique, le libraire, l’Etat. C’est cette « présence » qui transformera la littérature gabonaise.



[1] Alain Salles, « le tremblement de terre de l’édition française », in Bilan du Monde, Le Monde, 2003, p. 189.

Les Editions Ntsame : rentrée littéraire 2012

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